Vincent décide de mettre fin à ses jours dans la nuit du 17 au 18 janvier 2005 au Lido à l’âge de 31 ans. Il est enterré le 22 janvier à Ossen dans les Pyrénées. Pendant la cérémonie de nombreux artistes se mettent à jongler. Sur sa tombe se trouvent un bouquet de massues et un décor miniature de Visa pour l’Amour. De nombreuses personnes lui ont rendu hommage et ont témoigné leur amitié. En sa mémoire, le Coup de cœur du jury du Festival Mondial du Cirque de Demain est devenu le Prix Vincent Bruel. Henri Guichard et Francis Rougemont du Centre des Arts du Cirque Le Lido avec la Mairie de Toulouse ont mis en place une bourse Vincent Bruel pour aider les artistes en difficulté. Ses amis et collègues Denis Paumier et Sylvain Garnavault lui ont dédié le projet Contrepoint. Le graphiste et jongleur Emmanuel Perez a conçu une création graphique (ci-dessous). Olivier Conrard, passionné de jonglage a monté et diffusé une vidéo qu’il avait filmée en 2004. Le poète Bruno Ruiz a écrit la chanson Le sommeil du jongleur, diffusée dans son album Si. En 2013, sa sœur cadette Fanette rassemble, archive et met en ligne sur ce site de nombreux documents afin de lui rendre un dernier grand hommage.

 

Affiche Hommage Vincent Bruel

 EXTRAITS DE PUBLICATION, DISCOURS, DISCUSSIONS ET COURRIERS

Alain Pacherie, Fondateur du Cirque Phénix, Président de l’Académie Fratellini et Président du Festival Mondial du Cirque de Demain - Discours d’ouverture du 26ème festival mondial du cirque de demain
(…) Vincent Bruel a décidé d'aller jongler avec les étoiles, il n'est plus parmi nous.

Dominique Mauclair, Président-fondateur du Festival Mondial du Cirque de Demain - Le cirque dans l’univers n°216 1er trimestre 2005 – p31
Adieu à Vincent Bruel, le jongleur des lunes
Vincent nous a quittés, quelques jours avant le début du festival Mondial du Cirque de Demain. C’est pourquoi nous avons décidé que le prix du Coup de cœur du festival (l’équipe du festival donne chaque année un prix à un artiste qui a fait l’unanimité par sa gentillesse, sa courtoisie et son talent) s’appellerait désormais : Le prix Vincent Bruel.
Vincent possédait toutes des qualités. Il a fait ses premiers pas au lido de Toulouse et a symbolisé parfaitement l’esprit de cette école qui a toujours fait un trait d’union entre le Cirque et les Arts de la rue, entre la technique et l’humour.
En 1995, il obtient avec ses partenaires, le Prix Valentin Gneushev au festival du cirque de demain, le grand metteur en scène russe ayant été séduit par la fraicheur et la qualité d’invention de ce trio de jongleurs : les Triplex. En 1998, il crée le spectacle « Visa pour l’Amour » avec le metteur en scène du lido, Christian Coumin. Après une expérience parisienne où il fait des recherches sur les rapports du cirque et de la jonglerie, il explore également les pistes de la pédagogie et de l’audiovisuel. En 2003, il revient à Toulouse pour créer son « tac tac tango » qu’il présente en 2004 au festival du cirque de Demain, après un passage au « Grand cabaret » de Patrick Sébastien. Au festival, Vincent reçoit une véritable ovation avec, en prime, un « hold-up » de récompense : il collectionne à la fois le Trophée Youri Nikouline, le trophée Grock, le prix spécial du Jury et le prix de la fédération Française des Ecoles de Cirque. Son numéro séduit les cabarets-Variétés et Vincent  commence une véritable carrière européenne d’artiste du visuel. C’est peut-être ce changement de vie qui l’a perturbé, même s’il revenait fréquemment  à Toulouse pour donner des cours aux élèves de l’École.
Il y avait chez Vincent un côté lunaire qui l’apparentait aux personnages des romans de Raymond Queneau, particulièrement « Pierrot mon ami ». Réécoutez dans la captation du 25ème Festival diffusé par Arte, les propos de coulisses où Vincent parle du stress. Comme l’écrit Henri Guichard, le patron du lido de Toulouse : « le Mardi 18 janvier (date de son décès), il nous a laissé une image sans compromission, en plus de ses massues ». Et de ses balles qu’il faisait virevolter comme autant de petites planètes.

Henri Guichard, fondateur du Lido - Essais de cirque -éditions Privat - p2
(…) une pensée particulière pour Vincent Bruel, (…)

Sean Gandini – Kaskade, magazine européen de jonglerie 2/2005 N°78 - p8
Vincent Bruel a mis fin à ses jours en janvier 2005
La communauté de jonglerie est petite. Le départ brutal d’une figure emblématique de ce monde est un coup dur pour nous tous. Nous devons à présent nous faire à l’idée que nous ne pourrons plus partager avec lui notre monde mystérieux. Ainsi nous cherchons la consolation dans une poignée de souvenirs : le sentiment, de découvrir derrière une infinie tristesse, une mine de souvenirs, de shows, de schémas de jonglerie, de blagues, de films et d’idées inachevées qu’il avait mis en œuvre. Je me souviens de Vincent comme un personnage à la Keaton qui pouvait s’amuser et s’étonner longtemps de la trajectoire de quelques petites balles en caoutchouc. Je me rappelle de Vincent dans les couloirs d’écoles de cirque, dans les ruelles de Paris, dans les cafés, où il griffonnait des schémas de jonglerie sur un papier et où il transformait des suites de chiffres absurdes en magnifiques figures de jonglerie. Je me souviens d’un Vincent simple et courtois qui avait toujours un mot gentil pour notre dernière trouvaille. Je me souviens que Vincent transformait un jonglage sérieux en clownerie et qu’au passing avec Kati et moi il prenait toujours l’erreur à son compte. Autant j’aimerai devenir poétique et rendre la multitude de souvenirs de façon positive, son départ brutal laisse un vide et constitue une claque que nous prenons en pleine figure.
En cette période de janvier, Londres paraissait un peu plus grise que d’habitude, et jongler un peu moins intéressant et Vincent ne viendra plus pour jouer.
Sean Gandini, Londres,Angleterre

Patrick Sébastien – Télépoche - dec 2005
Tac tac tango est, pour moi, le plus bouleversant des numéros. Ce jeune artiste toulousain s’est suicidé l’an dernier. Je souhaitais qu’on le revoie encore.

Gérard Padiou
Vincent,
Toi qui savais si bien remplir d’étoiles les yeux des petits et des grands,
Toi, le jongleur, tu as soudain laissé échapper de tes doigts la balle de ta vie.
Peut-être, sûr de ton visa pour l’amour, as-tu voulu passer de la piste aux étoiles, là où la pesanteur n’existe pas.
Dans ta quête passionnée de balles toujours plus légères, toujours plus libres, tu as décidé de leur offrir l’inaccessible apesanteur pour un tango dans un petit bal perdu aux confins des étoiles.
Puisses-tu y trouver la paix.
Ton oncle Gérard

Andrée Bruel – texte lu par elle-même aux jeunes artistes du lido le samedi 22 janvier après l’enterrement de Vincent, son fils.
Lors de la fin d’un spectacle des Triplex, au théâtre de la Digue, je vis deux jeunes filles et un jeune homme, beaux, sortir en riant. Ils étaient aériens, légers comme des elfes. Ils ont enfourchés leurs vélos et sont partis dans la nuit. Cette image fugitive est restée dans ma mémoire, elle était l’image trop vite enfouie de la jeunesse, du bonheur.
Vous êtes ou vous rêvez d’être des artistes, vous travaillez dur pour cela et lorsque vous arrivez sur scène vous êtes tout entier avec les spectateurs. Vous les rendez heureux, vous faites remonter à leur mémoire des émotions oubliées, des rêves, des rires d’enfants que l’on croyait perdus. Vous êtes les passeurs de rêves et pendant un moment nous vous voyons, comme vous le souhaitez, libres dans votre personnage.
Vous nous faites oublier que vous êtes tragiquement humains, jeunes et vulnérables. Prêts à l’enthousiasme comme au découragement et seuls les plus armés d’entre vous résistent durablement à l’après spectacle, quand les lumières s’éteignent avec les applaudissements et que l’on se retrouve seul.
Heureusement vous avez à vos côtés des gens de cœur et de talent qui vous aident, pour peu que vous le demandiez, à ne pas vous perdre sur ce chemin plein d’embûches. Vincent a trébuché mais il nous laisse le souvenir impérissable de son talent, de son sourire, de ses airs de piano de ses enthousiasmes et de ses doutes. Les souvenir d’un compagnon qui a vécu la solitude jusqu’au bout, et la passion du jonglage qui était plus sa vie que le spectacle de jonglage lui-même. Vincent était un chercheur en jonglage.
Ce soir je vous regarde tous comme mes enfants… Ne vous perdez pas en chemin. La voie est difficile, contraignante. Testez vos résistances physiques et humaines. Le jeu en vaut la chandelle mais gardez-vous de souffler la flamme.
Merci à vous tous d’être là. Ça fait chaud au cœur de vous voir. Je vous embrasse tous.

Denis Paumier
Nous n'aurions jamais imaginé la portée du malaise qui l'avait envahi. Nous sommes extrêmement tristes et désemparés. Vincent nous manquera beaucoup.

Pierre Biondi
J’ai travaillé pendant plusieurs années avec Vincent. C’était quelqu’un d’une profonde gentillesse et d’une véritable humanité. Je voudrais dire à quel point la mort de Vincent m’attriste. C’est un moment très difficile que je n’explique pas et qui me laisse complétement choqué.

JiBe
Vous aviez peut être vu Vincent au Festival Mondial du Cirque de Demain, au plus grand cabaret du monde, ou à Boudu 2004 et à l'EJC à Carvin en solo et avec les Objets Volants. Vous aviez peut être vu son DVD Bouncing in Paris. Vincent était un jongleur apprécié par tous pour sa personnalité et pour ses idées. Beaucoup d'entre nous qui le connaissions, bien ou moins bien, sont tristes et sous le choc de cette nouvelle.

Manu/ Toulouse
Des VLV à Vis a Vis en passant par les Triplex, je n'ai vu que des choses biens de lui. C'était un vrai artiste, exigeant et inventif. A mon avis, Visa pour l'amour est un des plus beaux spectacles issu du Lido.

Joëlle/ Neuchâtel Suisse
J'ai été très choquée en apprenant cette bien triste nouvelle sur le journal Kaskade. Je n'arrive toujours pas à y croire, il était tellement gentil, toujours là pour rendre service et il avait l'air si bien dans sa peau... J'ai des souvenirs inoubliables tels que d'avoir fait les galas du Grock d'or avec lui ; d'avoir voyager ensemble dans des limousines... Et le spectacle de 10000 des Gandinis. J'ai eu l'occasion de le voir plusieurs fois faire son numéro de tac tac tango qui a fait rigoler tout le monde. Il avait un niveau de jonglerie et d'humour exceptionnel. Je pense que nous avons perdu un très bon jongleur mais aussi quelqu'un de très bien en dehors.

Aurélien Bory
Pensées à tous les proches de Vincent. Nous sommes le 19 avril. Je revois les vidéos sublimes de Vincent. Tout le monde le sait mais j’aimerais encore dire que c’était un artiste incroyable. Amitiés.

Sylvain Garnavault/ Caen
Plus de trois mois déjà et le vide ne se remplit pas. Je crois que quoiqu'on fasse il ne se remplira jamais. Mais nous garderons à jamais ces images d'un Vincent enjoué et communicatif qui aimait à donner de sa personne sur scène ou dans le convention, en expliquant le siteswap ou en faisant rebondir ses balles. Un Vincent qui a été un modèle de jonglage, un précurseur extraordinaire, un collègue formidable et un ami fabuleux. A l'image de sa vie marquée par les rencontres impromptues et les hasards heureux. L'une de ces rencontres d'un jour nous offre un hommage pris sur le vif de ce Vincent que nous aimions tant pour son talent qui lui permettait de transmettre le plus sophistiqué des jonglages avec un naturel et une facilité inégalée. Cet hommage le voici (voir vidéo d’Olivier Conrard ci-dessous).  Tu nous manques vieux grigou, Sylvain

Marianne
Je suis la sœur aînée de Vincent, je tiens à remercier tous ceux qui nous ont laissé, ici ou ailleurs, des témoignages et des pensées, ça fait du bien. Il faut apprivoiser l’absence…

 

Hommage vidéo - 2005 © Olivier Conrard