Vincent rejoint en 2003 la Compagnie Les Objets Volants et travaille aux cotés de Denis Paumier et  Sylvain Garnavault sur le spectacle Contrepoint. En novembre, ils présentent des extraits à Reims et à Londres, avant de montrer le spectacle complet en mai, septembre et octobre 2004. En décembre, ils sont en résidence à Cherbourg pour démarrer un nouveau projet.
La compagnie Les Objets Volants crée des spectacles de jonglage et les produit en France et dans le monde depuis 1999. Les spectacles de la compagnie privilégient la recherche et les nouvelles techniques sur les objets et leur manipulation.
Contrepoint est un spectacle qui défriche une nouvelle manière d'écrire le jonglage, avec l'utilisation massive des notations et des outils informatiques. L'emploi de ces outils permet d'aller au-delà des habitudes du corps et de l'esprit, pour faire place à l'innovation. Avec une partition hypnotique et minimaliste, sur un jeu entre l'homme et la machine, le spectacle captive le regard par la profusion des variations. Une motivation de départ a été l’idée d’écrire une partition comme il en existe en musique, pour pouvoir la soumettre ensuite à des interprètes. Suivre strictement cette contrainte est encore extrêmement difficile, néanmoins l’aller-retour entre le papier (ou l’écran) et la pratique s’avère fructueux.

EXTRAITS DE PUBLICATION

Sean Gandini – Kaskade, magazine européen de jonglerie 2/2005 N°78  page 8
Contrepoint / Denis Paumier -Vincent Bruel - Sylvain Garnavault
Six mains échangent des petites balles orange dans de complexes arcs pré-calculés. Leurs hauteurs et trajectoires sont si précises que l’on pourrait presque voir des traces de chiffres volants dans l’air. Les figures avancent sans cesse, parfois groupés ensemble par des arpèges à travers des tableaux de patterns, parfois suivant leur propre logique. C’est de la notation de jonglerie transformée en réalité. Sur des rythmes syncopés les balles montent, descendent, sont placées autour des bras, des cous et des jambes. Les trois jongleurs se séparent dans de nombreux duos kot a kot (terminologie de Vincent Bruel dans bouncing in Paris) souvent ombragé par le troisième jongleur. Vincent réalisant une myriade de variations rapides du 231 pendant que les bras de Sylvain et Denis s’emmêlent dans des 2s pingouins. Malgré le fait que ce spectacle soit de la jonglerie sans théâtralisation, je l’ai trouvé très humain. Chacun des jongleurs est un individu s’occupant de sa tâche de jonglerie complexe. Vincent ironique malgré lui, rajoute une touche d’humour à la cérémonie, Sylvain sautille entre les figures possédé par une secrète force digitale et Denis « Intel Inside » comme Vincent l’appelait, est calmement en control de l’étrange cérémonie qu’il a créé. Ce qui m’a frappé tout de suite c’est à quel point on voit peu de ce type de jonglerie et à quel point c’était beau à mes yeux. Contrepoint, c’est 45 minutes de jonglerie. De la jongle pure, distillé, non contaminé. Comme de la musique et de la danse, la jonglerie a le potentiel d’un vocabulaire, d’un langage. Fréquemment ce vocabulaire est caché dans l’intérêt d’autres formes d’art. Rarement la jonglerie est utilisée dans l’intérêt du jonglage. Ceci est de la méta jonglerie, de la jonglerie qui parle de jonglerie. Libéré des chaînes de la rhétorique et du « showmanship », cela s’occupe de notre modeste art pour ce que c’est : des combinaisons de lancés et attrapés. C’est une célébration de nuances et richesses de ce simple vocabulaire. Contrepoint existe quelque part entre le tableau périodique et le clavier bien tempéré de Bach. Une Tabula Rasa sur laquelle réécrire l’émergence d’un nouveau vocabulaire comme un nouvel alphabet, ceci est jonglage comme vocabulaire, comme langage. Le spectacle est aussi un hommage à la notation et aux logiciels. Construit de notations siteswap, la sous estimé notation MHN d’Ed Cartens’ (notation multi mains) et les notations élégantes de passing de Jack Boyce. Avec des projections de schémas humainement impossibles générés par JoePass de Wolfgang Westerboer. Suffit à dire que, dans mes yeux de jongleur infectés, cette performance/événement était l’une des applications de la jonglerie les plus rafraîchissantes que j’ai vu depuis longtemps. Brave, intransigeant, ouvert sur l’avenir. Le futur de la jonglerie semble très prometteur. Le futur du jonglage est plein d’espoir. Denis Paumier prévoit actuellement « Contreligne » qui explorera l’univers des massues et anneaux.

Martine Maleval, "Prouesses circassiennes et nouvelles technologies", dans Jean-Marc Lachaud, Olivier Lussac (Dirs), Arts et nouvelles technologies, L'Harmattan, 2007, p. 208.
Notons qu’il existe depuis 1985 des équipes de chercheurs en mathématiques du jonglage. Théorèmes, notations des figures jonglées (méthodes appelée site swaps) sont autant d’outils qui permettent de produire une « théorie mathématique du jonglage » qui, pour Jean-Michel Guy, n’a plus grand chose à voir avec sa pratique ». Ainsi, des logiciels d’animation élaborent des figures qu’aucun jongleur n’a jusqu’alors pensées. Certaines d’entre-elles, par ailleurs, sont irréalisables ; d’autres requièrent un entrainement spécifique. Vincent Bruel, Sylvain Garnavault et Denis Paumier (Compagnie Les objets volants) réalisent, en 2003, Contrepoint. Ils affirment « défricher une nouvelle manière d’écrire le jonglage, avec l’utilisation massive des notations et des outils informatiques ». Ces artistes pensent que l’usage de ces outils leur « permet d’aller au-delà des habitudes du corps et de l’esprit, en laissant la place à l’innovation. » Il peut évidemment paraître surprenant de déléguer à une machine la pensée d’un mouvement propre à une activité non productive. Dans leurs notes d’intention, les artistes précisent que le « système du site swap a ouvert toute une panoplie de nouvelles variations ; nous avons utilisé un logiciel de simulation de jonglage aussi bien pour créer les figures que nous interprétons que pour certaines vidéos qui sont projetées sur scène ». Lorsqu’ils affirment qu’il est malgré tout laissé « une place au jeu et à la personnalité de chaque interprètes », nous sommes quelques peu rassurés. En effet l’irréductibilité de l’humain, du corps de l’artiste, semble sauvegardée !

Cyrille Planson - La Scène, le magazine des professionnels du spectacle - Mars 2004
Denis Paumier Les Objets Volants
Formé au centre national des arts du cirque, dont il est sorti en 1999, Denis Paumier est l’un des tenants d’une nouvelle génération d’artistes qui, sur les traces de Jérôme Thomas, multiplient les expériences et les croisements artistiques. Très investi dans les nouvelles technologies appliquées au jonglage, il travaille actuellement à la création de son nouveau spectacle, Contrepoint, dont la présentation publique est prévue en septembre prochain lors du festival Jonglissimo. Cette nouvelle pièce pour trois jongleurs, qui fait suite à plusieurs spectacles remarqués (Tournemains et autres objets, Impers et passes) présente la particularité d’avoir été écrite pour partie, avant même d’être exécuté sur un logiciel informatique fonctionnant avec le système de notation « site-swap ».

Extraits du spectacle Contrepoint - 2004 © Cie Les Objets Volants